
Au nord de la côte de Nuits, Marsannay est la seule commune viticole de Bourgogne à pouvoir afficher sur ses étiquettes son appellation communale dans les trois couleurs : blanc, rouge et rosé.
Créée en 1987, l’appellation marsannay trouve peu à peu ses marques aux portes de Dijon. Le temps où les vins de Marsannay servaient à approvisionner les bistrots de la ville est bien révolu. Il est toujours long et difficile de sortir d’une image établie -les marsannays rosés- mais aujourd’hui plusieurs viticulteurs de renom mettent cette appellation en avant. “À Marsannay, on est condamné à être bon”, souligne Sylvain Pataille. “C’est une appellation hyper dynamique grâce à une bande de copains qui se “tirent la bourre” depuis une dizaine d’années”. L’appellation aux trois couleurs a éclaté tant en surface qu’en qualité. Raisonnement des rendements, travail soigné à la vigne et en cave permettent d’envisager sérieusement l’obtention de terroirs classés en premier cru. Les vins de Marsannay jouissent d’une bonne situation géographique puisqu’ils sont produits sur le coteau au-dessus de la route des grands crus. Il est assez homogène avec une bonne exposition et un type de sol plutôt uniforme composé d’un épais cailloutis calcaire. Les rouges trouvent une situation idéale sur le milieu de coteau. Les blancs sont le plus souvent issus des hauts de coteaux sur des terres maigres, très calcaires, favorables à la culture du chardonnay. Des premiers crus pour bientôt ? Les rouges ont des couleurs soutenues. Ils sont structurés, bien typés côte de Nuits sans avoir, cependant, la finesse des vins des communes situées plus au sud. Ils offrent les arômes traditionnels du cépage pinot – petits fruits rouges et noirs – mais le terroir particulier apporte des notes sauvages. Les vins blancs allient puissance et élégance, avec une bonne persistance en bouche et souvent une minéralité marquée. Mais la grande affaire de Marsannay demeure les premiers crus. La commune n’en possède pas. Beaucoup de viticulteurs revendiquent les noms de lieux-dits sur les étiquettes. Ils ont déposé un dossier sur le bureau de l’institut national des AOC (INAO) pour que certains lieux-dits deviennent premiers crus. Indéniablement, de beaux terroirs le méritent. A mi-coteau, lorsque la pente devient plus douce, que l’eau de ruissellement ralentit, des limons se sont déposés. C’est l’endroit idéal. Ainsi, le Clos du Roy, au nord de Marsannay, et situé sur la commune de Chenôve, offre une belle puissance. Le lieu-dit Echezeaux, légèrement plus au sud-ouest, est plus fin. Citons également Boivin, En Monchenot, les Vaudenelles, les Recilles, les Longeroies ou encore les Champs Perdrix. Un vignoble qui revient de loin Et dire que la vigne, dans les années soixante-dix, a failli ne plus être qu’un souvenir, sous la pression de l’urbanisation. Au XIXe siècle, les vignes étaient quasi-exclusivement plantées en gamay. L’agglomération dijonnaise, déjà elle, absorbait cette production dans les bistrots. C’était le temps de la prospérité. Mais après la première guerre mondiale, la machine s’enraye. C’est alors que naît le rosé de Marsannay. Dans les années soixante-dix, l’agglomération dijonnaise a failli gagner. Elle enflait, progressait et repoussait toujours plus loin les vignes. Déjà, les vignes de Chenôve, la commune voisine de Marsannay, avaient subi ce sort. Plus de vignes ou si peu qu’elles ont été rattachées à Marsannay, comme celles de Couchey, au sud.
Sylvain Pataille, à Marsannay fait indéniablement partie des étoiles montantes de cette récente appellation. Parti de rien, enfin si d' à peine 1 hectare en 1999. vigneron de 35 ans, forcené et bien chaleureux Sylvain Pataille estime qu'ici à Marsannay, de beaux terroirs sont en train de se révéler. Il existe une saine émulation entre vignerons sur cette appellation. Echanges, entraide, un bel esprit qui permet à chacun d'évoluer et d'impulser un grand dynamisme à l'ensemble de l'appellation.
Le travail à la vigne est essentiel, Intransigeant et à force d'acharnement, il arrive à aller au plus près du naturel avec ses vignes. Il faut bien comprendre que Sylvain a toujours souhaité avoir des jolies parcelles de vignes. Petit à petit, à force de travail et en misant tout sur la qualité végétale, il a réussi à atteindre son objectif. Evidemment, on ne passe de 4 à une dizaine d' hectares aussi simplement. Entre-temps l'équipe s'est etoffée, son frère l'a rejoint. Sylvain n'aime pas brusquer la vigne, et se met au service du végétal sans vouloir changer quoi que ce soit dans son expression. "Ce n'est pas toi qui dois guider ce qui est déjà programmé, car c'est le climat, l'année, c'est la plante qui fait le boulot, et à nous d'essayer d'exprimer ce qui en ressort."
Non interventionniste, plutôt intuitif, et dès le départ sans herbicides, le travail du sol est indispensable. En 2008, Sylvain Pataille est en culture biologique certifiée, et fait des essais en biodynamie depuis 2 années. Sylvain tend vers cette agriculture, en apprenant, et observant.
Si le travail à la vigne est important, il ne doit jamais être gâché par des élevages trop marqués. Et chez Sylvain Pataille, cette analyse est une évidence. "L' élevage n'est que la continuité du travail effectué naturellement aux vignes". Les élevages ici sont longs, précis et justes. Les vins sont élevés de 15 à 18 mois selon les crus. Et entre 30 et 35% des fûts usités sont neufs, en moyenne. Il est une certitude: Sylvain Pataille se donne les moyens de réussir ses vins. De jolies vignes, un travail de fond évident, et le souci permanent d'accompagner au mieux, sans se montrer trop interventionniste, l'élevage des vins qu'il propulse. Il en résulte du fruit, et des matières veloutées, voire crémeuses. Des vins confortables, et pulpeux. On devine également un vrai potentiel en terme d'identité des terroirs sur cette jeune appellation, pleine de promesses.